jeudi 8 décembre 2016

Autisme et Psychanalyse : polémique

par Elisabeth Roudinesco






L'approche psychanalytique des enfants autistes et psychotiques eut pour effet, sur cette lancée - de Margaret Mahler à Frances Tustin, puis de Françoise Dolto à Jenny Aubry ou Maud Mannoni - de les extirper d'un destin asilaire.









Depuis des décennies, la question de la définition et du traitement de l'autisme - déclarée grande cause nationale pour l'année 2012 - est devenue l'enjeu d'une bataille juridico-politique, avec insultes et procès, au point qu'on se demande comment des parents, des thérapeutes (pédiatres, psychiatres, psychanalystes), des députés et des chercheurs ont pu en arriver à ce point de détestation réciproque.


Violemment hostile à Freud, à la psychanalyse et à ses héritiers, la cinéaste Sophie Robert, soutenue par les auteurs du Livre noir de la psychanalyse (Les Arènes, 2005), a été conspuée après avoir filmé, dans un documentaire que l'on a pu regarder sur internet pendant des semaines, des thérapeutes connus pour leur adhésion à une psychologie oedipienne de comptoir. Selon eux, les mères seraient responsables des troubles psychiques de leurs enfants, y compris l'autisme, maladie aux multiples visages. Ces représentants du discours psychanalytique se réclament de Sigmund Freud, de Donald W. Winnicott, de Jacques Lacan ou de Melanie Klein en oubliant une règle élémentaire : les concepts ne doivent jamais se transformer en jugements à l'emporte pièce ou en diagnostics foudroyants. Un concept n'aboie pas.


Il n'est question dans ce film que de mères "crocodiles", "froides", "dépressives" ou incapables «d'expulser de leur corps le rejeton qu'elles n'auraient jamais désiré». Pour les avoir ridiculisés en montant des séquences à charge, Sophie Robert a été poursuivie devant les tribunaux par trois d'entre eux qui ont obtenu que les passages les concernant soient retirés du film (jugement rendu par le tribunal de Lille, le 26 janvier 2012). Elle a aussitôt interjeté appel de cette décision de justice qui ne change rien au problème de fond, puisque la vulgate de la "mère pathogène" et de la loi nécessaire "du père séparateur" est bel et bien présente dans le discours psychanalytique contemporain. Et c'est en son nom qu'une partie de la communauté psychanalytique française est entrée en guerre en 1999 contre les homosexuels désireux d'adopter des enfants tout en s'opposant, du même coup, aux nouvelles pratiques de procréation assistée, et plus récemment encore à la gestation pour autrui (GPA, "mères porteuses"). Ce discours, fondé sur la naturalisation de la famille et de la différence des sexes, a été critiqué par les féministes, les sociologues, les anthropologues, les philosophes et les historiens de la famille : notamment Elisabeth Badinter.


Méconnaissant l'évolution des moeurs et les progrès de la science, voilà que ces praticiens - qui ne représentent en rien l'ensemble des cliniciens d'orientation psychanalytique - sont à leur tour interpelés par la loi en la personne d'un député UMP du Pas-de-Calais, Daniel Fasquelle, président du groupe d'études parlementaires sur l'autisme, qui s'apprête à déposer devant le Parlement une proposition de loi visant à abolir toute approche psychanalytique dans l'accompagnement des enfants autistes.


Que s'est-il donc passé en France pour qu'un élu de la République en vienne à croire qu'une question scientifique puisse être résolue par des poursuites judiciaires? Après les lois mémorielles restreignant la liberté de penser des historiens, verra-t-on des juges pourfendre la doctrine freudienne devant des tribunaux?

mercredi 7 septembre 2016

Comment l’Occident exporte ses troubles mentaux

Une psychiatrie mondialisée.

Chaque culture a sa façon d’exprimer la souffrance psychique. Mais la médecine occidentale impose de plus en plus son répertoire de symptômes et les traitements qui vont avec. Le journaliste Ethan Watters en donne la preuve par la dépression et le stress posttraumatique.

En ces temps de mondialisation, nous devrions être sensibles aux différences locales et y attacher de la valeur. Et savoir que toutes les cultures n’ont pas la même conception de la psychologie humaine est crucial dans l’approche de la santé et de la maladie mentale.

Ainsi, un Nigérian peut souffrir d’une forme de dépression propre à sa culture, qu’il décrira par une sensation de brûlure dans la tête, alors qu’un paysan chinois parlera simplement de douleurs à l’épaule ou à l’estomac. Et une étude auprès de réfugiées salvadoriennes traumatisées par une longue guerre civile a montré que certaines d’entre elles ressentaient ce qu’elles appellent des calorías, une sensation de chaleur corporelle intense.


Les psychiatres et les anthropologues médicaux qui étudient la maladie mentale dans différentes cultures ont constaté depuis longtemps que les troubles mentaux n’étaient pas uniformément répartis dans le monde et ne se manifestaient pas partout de la même façon. Malheureusement, aux Etats-Unis, pays qui domine le débat international sur la classification et le traitement des pathologies, les professionnels de la santé mentale font souvent peu de cas de ces différences. Pis, les pathologies mentales s’uniformisent à un rythme vertigineux.

mardi 2 août 2016

La fin du sublime

Un monde qui parvient à sublimer est un monde qui prend une forme, qui n’est pas informe comme l’actuelle confusion générale destine le nôtre à l’être.
Ce que Freud a posé, c’est que la sublimation n’était pas l’envers de la répression, mais un agir, presque un instinct de beauté.
Dans nos sociétés agitées par les pulsions, la sublimation semble en voie de disparition, au profit du déni et du passage à l’acte.
Anne Dufourmantelle, 
Philosophe et psychanalyste  



 La sublimation a vécu. La pulsion a trouvé un regain de toute-puissance dans un monde qui ne supporte aucune limite pour la satisfaire. Immédiateté, vitesse, fluidité appellent une société sans frustration ni délai. Que ce soit dans l’espace public (les actualités, les faits divers, la pornographie normative, les attitudes «décomplexées») ou sur le divan (patient déprimé, désaxé, agité par les pulsions qui ne trouvent pas une voie féconde en lui, déversées dans ses «humeurs» ou refoulées dans le meilleur des cas jusqu’au retour plus ou moins violent de ce refoulé), la société post-industrielle et post-traumatique de l’après-guerre admet mal qu’on «sublime». Tout ce qui attente à l’envie immédiate est perçu comme un obstacle. Il faut au sujet narcissique un champ opératoire simple et direct à ses pulsions, sinon, il se déprime. La frustration n’est plus supportable, trouvons-lui donc sans cesse de nouveaux objets à ses appétits. L’abstraction, le style, la précision sont passés à l’ennemi, toutes ces choses nous «ralentissent». On ne possède pas un livre, ce n’est ni un investissement ni un instrument ; la lecture prend du temps, et ne produit rien d’autre qu’une capacité accrue à rêver et à penser. On lui préférera des bribes de textes glanés sur le Net qui livreront au plus vite possible l’information ad hoc. L’absence de style dans les productions culturelles est aussi préoccupante que le sont les vies sous pression, moroses et fonctionnelles - tellement plus nombreuses que des vies habitées, voulues.

mardi 5 avril 2016

NON A LA LIQUIDATION DE LA PSYCHIATRIE DE SECTEUR !


Il est impératif que dans sa formulation le décret ne détruise pas la possibilité de poursuivre une psychiatrie à visage humain.
Une loi qui rappellerait les valeurs de fraternité et d’hospitalité fondatrices d’une approche humaine et ouverte, rejetant les logiques de tri qui rejettent déjà un grand nombre de patients à la rue ou en prison.  

Le Collectif des 39 a pris connaissance des nouvelles dispositions de la loi de Santé votée le 17 Décembre 2015 et en particulier de l’article 69 précisant la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoire. Cet article 69 non spécifique de la psychiatrie, vient pulvériser les illusions que le ministère avait pu semer pour faire croire qu’il préserverait la politique de secteur. Il va de fait restructurer sous prétexte de modernisation l’ensemble du tissu hospitalier (psychiatrie et MCO) dans un but évident de coupes budgétaires drastiques.

Nous rappelons que notre Collectif soutient le projet d’une psychiatrie fondée sur des valeurs d’hospitalité pour la folie. Nous avons tenu avec les CEMEA dans cette intention des Assises de la psychiatrie et du médicosocial en 2013, et nous avons participé à toutes les discussions initiées par le député Denys Robiliard chargé de mission pour la psychiatrie par Marisol Touraine. Nous avions lors d’un meeting réunissant 600 personnes le 1° Novembre 2014 à Montreuil, rappelé que le projet de loi était très loin des attentes exprimées lors des Assises par les professionnels, les patients et les familles. Nous aurions souhaité une loi-cadre en psychiatrie rappelant les spécificités de ce champ qui ne saurait se réduire à une approche biologique, mais suppose une ouverture vers les sciences sociales, la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle. Et plus généralement toute approche qui permette de penser et de prendre soin de la complexité de la vie psychique.

dimanche 8 novembre 2015

"La médecine sauve des vies, la psychanalyse des existences"


  Elisabeth Roudinesco


Le Vif/L'Express : Comment peut-on "analyser" Sigmund Freud aujourd'hui ?

 Elisabeth Roudinesco : Freud est l'un des grands intellectuels du XXe siècle, il a été autant critiqué qu'adulé. Son oeuvre n'appartient plus seulement au milieu psychanalytique. A l'instar de Charles Darwin ou de Victor Hugo, Freud est universel. Il a voulu changer le monde, il a créé, au début du XXe siècle, "la révolution du sens intime", une méthode pour se connaître soi-même et pour comprendre son inconscient. Sa méthode est l'équivalent de tous les grands mouvements d'émancipation, comme le socialisme, le féminisme ou le sionisme. La théorie de Freud a bien réussi. Sa pensée est à la source de multiples branches ; de nombreuses écoles se sont créées. Tout au long du XXe siècle, Freud a également suscité un nombre inimaginable de rumeurs, de querelles et d'images caricaturales qui allaient à l'encontre de la légende rose. Dans son livre Le crépuscule d'une idole, encensé par certains journaux, le philosophe Michel Onfray a présenté Freud comme un monstre, un incestueux, un avorteur, trompant sa vie durant sa femme avec sa belle-soeur. Je déplore que les médias érigent en "idoles" des gens peu sérieux qui ont des théories complotistes. Freud fait partie de ces personnages sulfureux sur qui on écrit n'importe quoi. Comme on a écrit n'importe quoi sur Einstein : ce n'est pas lui qui aurait inventé la théorie de la relativité, mais sa femme, etc.

vendredi 18 septembre 2015

Psychiatrie : NON A LA CONTENTION :Pétition

La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne
 
 
Ces pratiques de contention physique d’un autre âge se déroulent quotidiennement dans ce pays. Ces pratiques dégradantes avaient quasiment disparu. Or les contrôleurs généraux des lieux de privation de liberté, Jean marie Delarue puis Adeline Hazan, l’ont constaté, elles sont désormais en nette augmentation, qui plus est banalisées comme des actes ordinaires.


Dans le projet de loi « de modernisation du système de santé » on lit même que ces actes auraient des vertus thérapeutiques !


Nous l’affirmons : Ces actes ne soignent pas.
 
Nous soignants, patients, familles, citoyens ne pouvons accepter que ces pratiques perdurent.

Les patients qui les ont subies en témoignent régulièrement, elles produisent un traumatisme à jamais ancré dans leur chair et dans leur cœur.

Dire non aux sangles qui font mal, qui font hurler, qui effraient plus que tout, c’est dire oui :

- C’est dire oui à un minimum de fraternité.
- C’est remettre au travail une pensée affadie, devenue glacée.
- C’est poser un acte de régénérescence.
- C’est trouver et appliquer des solutions humaines à des comportements engendrés par d’énormes souffrances, mais qui peuvent paraître incompréhensibles ou non traitables autrement.

Or nous, nous savons que l’on peut faire autrement. Cela a été fait durant des décennies, cela se fait encore dans certains services.

Mais ce savoir faire est en train de se perdre au profit de la banalisation grandissante de ces actes de contention.

    Nous l’affirmons : accueillir et soigner les patients, quelle que soit leur pathologie, nécessite d’œuvrer à la construction de collectifs soignants suffisamment impliqués et engagés dans le désir d’écouter les patients, de parler avec eux, de chercher avec eux les conditions d’un soin possible.

Un minimum de confiance, d’indépendance professionnelle et de sérénité est à la base de ce processus.

Or le système hospitalier actuel malmène et déshumanise les soignants.

L’emprise gestionnaire et bureaucratique envahit le quotidien : principe de précaution, risque zéro, techniques sécuritaires, protocolisation permanente des actes, réduction du temps de transmission entre les soignants etc… Elle dissout petit à petit la disponibilité des acteurs de soins : comment alors prendre le temps de comprendre, de chercher du sens, de penser tout simplement que le patient, si inaccessible soit-il, attend des réponses et des solutions humaines à même de l’apaiser.

Ce contexte nuisible trouve dans la banalisation des actes de contention physique sa traduction « naturelle », expression du désarroi et/ou du renoncement.

Repenser la formation, donner de toute urgence des moyens nécessaires à cette mission complexe et difficile est la moindre des choses et ouvrirait la voie à la réinvention de l’accueil et du soin.

Pensez-y. Qui d’entre nous supporterait de voir son enfant, ou son parent proche, ou un ami, en grande souffrance, attaché, ligoté, sanglé ? Qui accepterait de s’entendre dire que c’est pour le bien de cette personne chère ? Qui pourrait accepter un tel acte alors qu’il est possible d’agir autrement ? Car il est possible d’agir autrement !

Mesdames, messieurs les parlementaires, nous savons que parfois il vous faut beaucoup de courage pour élaborer des lois qui semblent aller à contre-courant des idées reçues ! La maladie mentale fait peur. Le traitement de différentes affaires tragiques, mais totalement minoritaires, par les médias alimente cette peur. Ne pas céder à cette peur nous revient, vous revient à vous les élus du peuple.

Il nous revient d’affirmer haut et fort qu’une vision sécuritaire de la psychiatrie va à l’encontre du besoin légitime de sécurité protectrice que soignants, patients et familles réclament.

Proscrire la contention physique permettra aux patients, aux familles, aux soignants de retrouver une dignité nécessaire et indispensable pour traverser les dures épreuves de cette souffrance psychique inhérente à l’humanité de l’homme.

Rien n’est hors de portée de l’intelligence humaine ! Mesdames, messieurs les parlementaires ne laissez pas les patients soumis à des traitements qui ne sont pas des soins !

Signez la Pétition :
 

mercredi 17 juin 2015

Plus de place pour la culture en milieu psychiatrique

Fresque Atelier de l'Arbre Rose
Vertical Détour et Ville Evrard.

Dans un Communiqué rendu public ce matin, "L’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard met fin à la fabrique artistique créée et animée par l’auteur et metteur en scène Frédéric Ferrer",  la compagnie Vertical Détour dénonce : "L’établissement Public de Santé de Ville-Evrard (Neuilly-sur-Marne) a décidé de ne pas renouveler sa convention avec la compagnie de théâtre Vertical Détour qui a créé et anime depuis 10 ans la fabrique des Anciennes Cuisines, un lieu de création et de résidences, soutenu par la Région Ile-de-France et le Ministère de la Culture – Drac Ile-de-France notamment, qui a accueilli de nombreux artistes émergents en théatre, danse et arts de la rue et organise des activités avec les malades et personnels de l’établissement."

Frédéric Ferrer vient d'adresser Une Lettre Ouverte aux personnels et patients de l’hôpital de Ville-Evrard.

Il y déclare :

"Cette décision signifie la fin d’une expérience originale et singulière, dans le paysage théâtral français, d’un lieu de création dirigé et animé par une compagnie de théâtre professionnelle au coeur d’un hôpital psychiatrique.


Cette décision signifie la fin d'un lieu de résidences qui a accueilli depuis 2005 de très nombreux artistes et équipes de création en théâtre, danse, et arts de la rue, notamment les trois compagnies accueillies sur des résidences longues, très engagées elles aussi dans le fonctionnement de La Fabrique, la Compagnie PM dirigée par Philippe Ménard, la Compagnie N°8 dirigée par Alex Pavlata, et la compagnie De(S)amorce(S) dirigée par Thissa d’Avila Bensalah1. La présence des artistes aux Anciennes Cuisines permettait d’organiser de nombreuses rencontres avec les personnels et les patients de l’hôpital et donnait sens aux actions et échanges que nous mettions en oeuvre à leur intention.

Cette décision signifie la fin des chantiers d’été, ateliers de jeu, d’écriture, de réalisation, stages de danse, lectures en pavillon, initiatives envers les enfants… que nous avons mis en oeuvre avec les patients et personnels depuis 2005 en partenariat avec les différents secteurs et services de soins avec lesquels nous travaillons.

Cette décision signifie la fin de l’utopie d’un espace artistique de création, de liberté, de rencontre et d’échange au coeur même de l’hôpital. Un « asile » culturel, tout près des chambres et des couloirs, pour questionner le monde ou prendre un café.

Cette décision signifie la fin d'un lieu qui permettait de porter un autre regard sur l’hôpital, sur ces espaces souvent considérés, et de plus en plus aujourd’hui, comme des lieux de l’enfermement, de la relégation, de l’étrangeté. Pourtant, un tel lieu, ouvert sur l’extérieur, accueillant des spectateurs venus à l’hôpital pour y voir des répétitions ou un spectacle, était un défi à tous ceux qui stigmatisent aujourd’hui encore la maladie et la folie, et veulent dresser de toutes parts de nouvelles barrières.

Cette décision signifie la fin de la tentative, artistique et sensible, que nous avons voulu mener visant à questionner le patrimoine architectural exceptionnel de Ville-Evrard, mémoire de plus d'un siècle de psychiatrie française et d'internement asilaire, ayant accueilli entre autres des artistes comme Camille Claudel et Antonin Artaud. (..)

Cette décision nous afflige. Nous ne la comprenons pas."



L'atelier du Non-Faire et Maison Blanche

lundi 2 mars 2015

La résilience un outil au service du système et du capitalisme


De la résilience à la résignation et la soumission il n'y a qu'un demi pas


La philosophie a BHL la psychanalyse Boris Cyrulnik. enfin pas vraiment car s'il se dit psychanalyste il n'est plutot pas pour ...

"« Nous n'avons pas accès à l'inconscient avec nos outils de recherche », se défend Cyrulnik, avant d'attaquer : « Je suis contre la secte psychanalytique, clairement oui. La psy est un outil, mais il y en a d'autres. » Regrette-t-il donc d'avoir été lui-même psychanalyste ? Il se tait longuement. « La psychanalyse m'a servi pour l'authenticité de la parole, elle m'a desservi dans ma relation avec les patients. J'ai dû en angoisser beaucoup avec l'idée selon laquelle il ne fallait pas qu'on entende le son de ma voix. » Il poursuit : « Comment voulez-vous que les psys soignent les gosses des favellas ? Vous les imaginez leur disant : "Allongez-vous sur le divan, désormais vous viendrez deux fois par semaine". C'est obscène. La résilience est un processus de retour à la vie. On sort du dogme psy, on va plus loin. » Boris Cyrulnik est sûr de lui. Et de la résilience." 1


***

"J'ai dû en angoisser beaucoup avec l'idée selon laquelle il ne fallait pas qu'on entende le son de ma voix."

Voilà une déclaration fort étonnante puisque le psychanalyste n'est pas celui qui ne parle pas mais celui qui dit ce qu'il faut dire au moment où il faut le dire.

Quant à l'angoisse liée au contre transfert, elle est justement ce qui permet à l'analyste de travailler et de comprendre... C'est sans doute parce que le travail sur le contre transfert est si exigeant pour soi même que beaucoup de ceux qui se disent psychanalystes tentent d'y échapper...

vendredi 28 novembre 2014

Voulons-nous que nos enfants deviennent des gens bien, ou des dominants sociaux?

Dans une société où le P-DG gagne désormais 380 fois le salaire moyen et où 22% des enfants vivent au-dessous du seuil de pauvreté fédéral (23000 dollars par an pour une famille de quatre personnes), un livre comme «l’Hymne de bataille de la mère tigre» ressemble de moins en moins à un divertissement de luxe et de plus en plus à un instrument de domination de classe. Voulons-nous peupler la planète de guerriers ultracompétitifs et nombrilistes ou de citoyens compatissants ? 




L’inquiétude croissante que fait naître le déclin de l’influence des États-Unis dans le monde coïncide avec une hystérie non moins croissante sur nos méthodes d’éducation, et cela n’a rien d’un hasard. Croire que «les enfants sont notre avenir», comme le chante si aimablement Whitney Houston dans «The Greatest Love of All», c’est un peu comme croire dans les marchés à terme. Les gestionnaires de fortune et ceux qui veillent sur l’investissement dans la petite enfance sont confrontés à la même question de base: quelle part de son compte en banque, de sa santé mentale ou de son âme est-on prêt à amputer en vue d’un avenir à moitié aussi brillant et prometteur qu’on l’espère ?

Les épais ouvrages de conseil en parentalité ont, cependant, une drôle de façon d’esquiver ce dilemme. Les auteurs de ces traités sur l’éducation semblent tous supposer que vous, le parent à la peine, possédez d’inépuisables réserves de richesse, d’énergie et de passion à consacrer aux problèmes les plus futiles. [...]

Les centres de plaisir du cerveau parental


À première vue, «Comment les enfants réussissent»,  de Paul Tough (sortie française le 20 août 2014), semble venir grossir les rangs des ouvrages sermonneurs, tels «l’Hymne de bataille de la mère tigre», d’Amy Chua, et «Bébé Made in France», de Pamela Druckerman.

Comme de bien entendu, le livre s’ouvre sur une classe de maternelle qui adopte (encore) une approche révolutionnaire du développement de l’enfant, baptisée «Outils de l’esprit». Plutôt que de se concentrer sur la réussite scolaire, écrit Tough, le programme est conçu pour aider les petits à «contrôler leurs impulsions, rester concentrés sur la tâche en cours, éviter les distractions et les pièges mentaux, gérer leurs émotions, [et] organiser leurs pensées». Quiconque connaît un tant soit peu le comportement d’un bambin de 4 ans peut comprendre en quoi cette approche a plus de sens que, disons, l’apprentissage du coréen en immersion bilingue ou des équations au quatrième degré.

jeudi 23 octobre 2014

Revenir au vrai Freud

Élisabeth Roudinesco.
entretien 



« Sud Ouest ». Vous publiez une nouvelle biographie du fondateur de la psychanalyse. Pourquoi ?

Élisabeth Roudinesco. Parce que de nouvelles archives sont disponibles. Mais, surtout, parce qu'il est urgent de revenir aux fondamentaux de la vie et de l'œuvre de Freud afin de balayer les rumeurs, légendes, anachronismes qui défigurent le personnage et qui empêchent la compréhension du véritable apport de la psychanalyse.


Freud a été, depuis l'origine, la cible de critiques mais aussi de fantasmes. Pour quelles raisons ?

Freud a toujours été contesté par les scientifiques ou les Églises, mais les psychanalystes, eux aussi, ont nourri l'antifreudisme. Je ne les accable pas, mais avec leur habitude de travailler en cure sur les fantasmes et les réalités subjectives ils ont tendance à méconnaître l'histoire en traitant les historiens de « positivistes », chose qu'on n'observe pas dans d'autres disciplines. Ils ont aussi nui à la compréhension des concepts de la psychanalyse en donnant d'elle une image dogmatique et « psychologisée ».